Je claquai la porte d'entrée plus fort que je ne l'aurais voulu. En fait, ça faisait un bien fou. Mais ce qui me faisait surtout peur, c'est le fait que cela fasse du bruit et donc que ça attire l'attention de mes colocataires. Je n'avais aucunement envie de les croiser sous peine de devoir fournir des explications que je ne voulais pas donner. En fait, je voulais juste que le monde entier m'oublie et que l'on me foute la paix. Un claquement de porte encore. Ma chambre, cette fois. J'enlevai ma veste et mes chaussures rageusement et allumai ma chaine hifi à fond. Heureusement, l'appartement était insonorisé. Je restai planté là, comme un con, à laisser cette musique de bourin détruire mes tympas. Vraiment, il y avait des fois où je ne me comprenais plus. Je coupai finalement ce son qui me donnait mal à la tête plus qu'autre chose. Tout allait de travers aujourd'hui. Je me laissai tomber sur le lit, épuisé par la chaleur. C'était étouffant. Je n'arrivais même pas à rester en place. Pris d'une envie soudaine, je me dirrigeai vers la salle de bain comme une automate. Je me déshabillai et glissai sous l'eau froide. C'était bon. Je fermai les yeux très fortes pour chasser toutes ces pensées naissantes. Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. C'est ce que je me répétai inlassablement. Visiblement, cela donnait l'effet inverse. Toutes ces images défilaient dans ma tête. Chaque mot. Chaque pleur. J'éclatai en sanglots et me laissai glisser contre la paroie de carrelage froid. Je me sentai vidé de toutes mes forces. C'était une histoire de fou. Comment pouvait t-on en venir à se détester autant? Je ne sais pas. J'essayais d'imaginer quel pouvait être son état pendant que je chialai, nu, sous une douche froide. J'espérai qu'elle souffre autant que moi je pouvais souffrir. Je voulais qu'elle ait mal autant que je puisse avoir mal. Je coupai l'eau, arrêtant mes pleurs en même temps. Je sortis de la douche et enroulai une serviette autour de ma taille. Je me posai devant la glace et baissai les yeux. Même mon reflet, je ne le supportais plus. En fait, je ne me supportais plus moi-même. C'était la dérive. Je prenai un coton que j'imbibai de lotion et frottai mes yeux avec. Ca piquait. J'avais mis trop de produit. Mes gestes étaient lents et démunis de puissance. J'étais comme un robo. Je sortis de la pièce et rentrai dans ma chambre. J'enfilai un boxer et un jean tout troué. J'ouvris la fenêtre et me laissai tomber juste dessous. Je regardais le parquet briller à la lueur du soleil. Combien de temps suis-je resté là, les yeux rivés sur ces planches de bois? Une heure. Peut être deux. Je ne pensais à rien. J'observais juste les courbes du bois. Jétais dans une sorte de létargie. Jusqu'à ce que j'entende quelqu'un entrer dans ma chambre. Toujours tête baissée, je vis des pieds identiques aux miens. Tom. Je l'avais senti. Il s'assit à côté de moi et laissa glisser ses doigts dans mes cheveux.
“ Lili m'a appelé... Elle m'a raconté ce qui s'est passé. Heureusement qu'elle me la dit parce que, visiblement, ce n'était pas toi qui allait me raconter.”
Je sentis du reproche dans sa voix. De toute manière, comment aurait-il pu comprendre? Lui qui n'est jamais tombé amoureux d'une fille, lui qui n'en a pas même aimé une...
“ Elle est perdue Bill tu sais... Cest bien que tu lui ais dit tout ce que tu avais sur le coeur! On peut pas laisser s'acculumer la rancoeur, c'est mauvais. Mais je crois qu'elle ne comprend pas que tu puisses aller aussi mal! Il faut que tu lui dises pourquoi tu ressens tout ça! Il faut que tu lui dises que tu l'aimes. Parce que je pense pas que c'est elle qui comprendra. Elle est un peu naïve et aveugle Lili, parfois. Et c'est peut être ça aussi qui fait son charme, je sais pas... Mais dis lui Bill! Dis lui avant qu'il ne soit trop tard. Parce que c'est pas après que son avion ait décollé que tu pourras lui dire! Je sais que c'est dur Bill... Enfin non... je sais pas. Mais j'essaye d'imaginer. Alors, je veux bien te soutenir et te donner des idées, mais tout dépend de toi.”
Je ne répondis rien. Qu'aurais-je pu répondre? Il avait raison, je le savais. Mais je n'avais pas la force de parler et de me justifier.
“ Et puis ne crois pas qu'elle s'en fou de ce qui s'est passé! Moi je sais que c'est pas le cas. Tu sais Bill, je pense que Lili c'est vraiment la fille qu'il te faut. Aussi bien à Bill Kaulitz, qu'à Bill de Tokio Hotel. Elle est belle, intelligente, patiente, sensible et discrète... Vous iriez bien ensemble, vraiment... Mais il y a un moment où il faut savoir se jeter à l'eau. Arrête d'être sur la retenue, laisse toi aller. Lache prise...”
Je laissai tomber ma tête sur son épaule. Lacher prise. Mais c'est si dur de mettre son âme à nu! Plus que son corps. Non vraiment Tom, même avec les plus grands efforts du monde, ne pouvait pas comprendre. Et ça m'attristait encore plus que même mon jumeau ne me comprenne plus.
“ Et ne va pas croire que je ne comprends pas Bill! Parce que tout ce que tu ressens, je le ressens aussi. Alors quand tu vas mal, nous sommes deux à avoir mal. T'es en train de te torturer là Bill! Réagis. Et si tu le fais pas maintenant, il sera trop tard.”
Il sera trop tard. Beaucoup trop tard...
“ Tu veux mon avis Bill? Moi je crois que Lili t'aime autant que tu l'aimes, il y a des signes qui ne trompent pas tu sais... Mais vous êtes aussi fiers et butés l'un que l'autre. Pourtant un jour, faudra bien qu'il y en ait un qui se décide à faire le premier pas. Vous pourriez passer à coté de belles choses et je trouve ça con Bill! Rappelle toi, elle part dans deux semaines...”
Ce ne fut qu'un mononlogue. Tom, c'était pas du genre à faire la morale. Il détestait ça et moi aussi. Mais il savait que des fois j'en avais besoin. Que ne savait-il pas Tom, sur moi? Rien, il savait tout. Il avait toujours tout su et il saurait toujours tout, et ça sans même que je ne lui en parle. Ca en effrayait plus d'un mais pour moi c'était normal. Logique. Ca devait être comme ça! Alors, aussi logiquement qu'il s'est assis, il s'est relevé en me déposant un baiser sur le front. Je gardais la tête toujours baissée. La honte? Certainement. Je ne sais pas en fait... J'avais peut être aussi peur de croiser le regard accusateur de mon jumeau. Parce qu'il faisait mal ce regard. Et des émotions fortes, j'en avais eu assez pour la journée.
“ Hey, Bill?”
Je relevai la tête. Il était à l'embrasure de la porte à m'observer. Il avait cette lueur d'inquiétude dans les yeux et un sourire réconfortant. J'aimais ce sourire.
“ Je t'aime.”
J'esquissai un sourire et il partit en fermant la porte. La solitude. Il ne me restait plus que ça. Je me relevai et secouai mes jambes, engourdies. Je me penchai à le fenêtre et admirai cet éternel ciel bleu. Je laissai le soleil chauffer ma peau. Il devait être aux alentours de huit heures. Je me tournai et balayai ma chambre du regard. Mes yeux se posèrent sur un paquet de cigarettes ouvert qui attendait d'être vider. Si ce n'était que cela, je pouvais le faire. J'attrapai le paquet, un briqué, et m'assis, toujours à la même place, en dessous de la fenêtre. J'aimais être là. L'hiver, c'était ici que le chaffage au sol marchait le plus. L'été c'était là que le soleil brillait le plus. Et aujourd'hui le soleil brillait très fort. Le parquet luisait et mon dos brulait. Je me suis épri de cette chaleur, parce qu'elle était réconfortante. Je ne voulais personne mais je voulais du réconfort. Je ramenai mes jambes contre mon buste. J'allumai une première cigarette et jouai en même temps avec le tissu de mon jean qui s'effilochait. Je laissai tomber la cendre sur le parquet et écrasai même le petit filtre orange dessus. Ca pouvait bien faire des traces, des trous, ou mettre le feu, qu'importe. J'en avais en fait stritement rien à foutre. Comme je pouvais me foutre de tout. Rien ne m'importait. J'étais comme vidé d'émotions, de sentiments, de sensations, d'impressions. J'étais dépourvu de sens et de conscience. Je laissais juste mes pensées vagabonder au gré de leurs envies. Deuxième cigarette. Je regardais le vent s'introduire dans ma chambre et faire tomber de la cendre. Comme si c'était la plus belle chose qu'il puisse exister. Non, la plus belle chose qu'il puisse existait c'était Lili. Je me maudissais d'avoir pensé à ça. Tout me ramenait à Lili tout le temps. Troisième cigarette. Je m'énervais sur les petits bouts de fils de mon pantalon qui ne voulaient pas se laisser arracher. La cigarette ça tuait, certes. Mais au moins, ça réconfortait un peu. Stupide! Comme si un baton de nicotine pouvait réconforter... La seule chose qui aurait pu me réconforter c'est que cette petite blonde arrive essouflée dans ma chambre et qu'elle m'annonce que finalement elle ne partait plus. Quatrième cigarette. Ne pas penser à elle. Ne pas penser à elle. Je commançai à avoir la migraine à trop réfléchir. Tout s'embrouilliait dans ma tête. Ou peut être était-ce la nicotine, tout simplement... Je pensais vraiment devenir fou.


