A écouter : Tennessee. Pearl Harbor.
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Je me lève lentement. Assomé. Comme si on m'avait frappé derrière la tête. Je suis Saki, tête baissé, sans même regarder où je vais. Je sors où l'air est irrespirable. J'ai cette douce impression d'étoufer. C'est plus que d'être opressé. C'est moins que d'étouffer. C'est désagréable. Je relève la tête et regarde autour de moi. J'ai même l'impression de ne plus faire parti de ce monde. C'est comme crier dans une pièce où personne ne peut entendre. Ca fait mal. Juste mal. Et c'est beaucoup trop. Et j'en ai marre d'avoir mal. Je serre un peu plus le foulard et le porte à mon visage. Il sent elle. Il fait mal. Il m'étouffe un peu plus. J'éclate en sanglots. Je me suis tellement retenu, que j'ai mal à la gorge. Je traverse la rue pour accéder au parking. J'imagine. Elle a présenté ses billets à une grande hotesse de l'air. Le papier est tombé de la pochette. Elle l'a ramassé et l'a lu. Et si elle est aussi curieuse qu'elle le dit, elle retourna la feuille pour lire ce qui est écrit en bas. Et elle décrochera ses boucles d'oreille. Et elle verra que sur la petite partie en or où est collé la perle, il y est écrit “Je t'aime”. Et elle saura. “ Bill!”. Non. Elle est partie. Elle ne s'est même pas aperçu qu'il y avait un mot. Elle est dans l'air, quelque part entre ciel et terre. Et moi je suis là, bien ancré dans le sol, immobile au bord de la route, dos à cette douce voix. Je dois rêver. J'espère tellement que cela doit juste être une hallucination. Non. Lili est partie. Pour toujours. Et moi, je suis comme un con, figé au bas côté. Et tout se passe au ralenti. Comme dans un film. Le crissement des pneus. Un bruit sourd. Et je me retourne. L'horreur. Le chaos. La déchéance. La fatalité. La mort... Peut être. Je murmure son nom comme une litanie. Elle, là, tremblante, gisant sur un sol de goudron. La mienne. Mon étoile. Elle. Tout se passe au ralenti. Les gens qui s'approchent. Certains téléphonant, aux secours, j'espère. D'autres choqués ou épris de compassion. Et moi, je reste là, je n'assimile rien. Une seconde de moins, elle serait probablement dans mes bras.
Retour à la réalité. Ca fait horriblement mal. Comme si j'agonisais avec elle. Je finis par courir et écarter tout le monde avant de me pencher lentement. Elle tremble terriblement. La joue contre terre. J'enlève mes lunettes et la prends délicatement dans mes bras. Elle gémit mon prénom. Mon dieu! Je voudrais remonter le temps. Je voudrais ne jamais avoir vu ça. Je voudrais effacer les minutes supplémentaires qui font de ma vie un enfer.
“ Bill, je... j'ai froid!
Ca sonne comme une plainte. Comme un appel au secours. Comme un SOS. Comme ce que je n'aurais jamais voulu entendre.
- Je sais Lili! Mais... accroche toi! Les secours vont arriver.
- Bill, je...je voudrais m'excuser.
- De quoi Lili?
- De n'avoir rien vu...
Je désteste tout ça. Parce que j'ai la certitude que cela sonne comme la fin. La fin de l'histoire. J'aurais préféré qu'elle prenne cet avion, au lieu de se faire percuter par cette stupide voiture. Au lieu de courir derrière ce stupide garçon qui n'aura pas eu le réflexe de se retourner tout de suite. Au lieu de la regarder agonisée, sur le sol, dans sa robe blanche tachée. Au lieu d'attendre sans pouvoir rien faire.
- Lili! Pense pas à ça...
- Promets moi que tu continuras la musique!
- Lili, non...
- Promets! M'interromp-t-elle
- Je te le promets! Dis-je en commençant à pleurer
- Et que tu croiras toujours en la vie, et que tu te battras et que quand tu regarderas les étoiles, tu penseras un peu à moi...
- Lili, s'il te plait... Gémis-je
- Allé, Bill! Promets. Allète-t-elle
- Oui, oui, je promets.
Elle me regarde un long moment. Je ne vois rien à travers mes larmes. Je vois juste les siennes. Perles d'eau que je voudrais tuer. Elle prend ma main et la pose sur son coeur, sur sa peau nu. Son coeur qui bat au ralenti. Et je comprends enfin. Et je comprends qu'il y a certain sentiment qu'on ne peut pas traduire par des mots. Il y a des fois où les mots ne suffisent plus. Et ce fut cette fois-là. Toute notre histoire. C'était ça.
- Lili, me laisse pas d'accord?
- J'ai si froid Bill..."
Elle pose sa main sur la mienne. Et ses paupières qui s'abaissent. Et ses yeux qui se femrent. Et son coeur qui bat si lentement! Et c'est injuste merde! C'est injuste parce que Bill & Lili ça n'aura jamais exister. Et qu'on en aura trop vécu en un an. Et que ça nous aura couté la vie. Et son coeur qui bat si lentement. Et sa main qui se détache de la mienne. Je la sens se délivrer, s'évader, s'envoler. Je la sens partir. Elle part...